27 mai 2007
Un pacte
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J'avais osé lui demander de me consacrer quelques minutes.
Sous mon bras : quelques toiles, quelques mots et quelques notes.
Il *fallait* que je lui montre, cette fois ; jamais je n'avais été aussi décidé...
Il apparut enfin. Toujours la même dégaine et ce petit sourire en coin.
Mademoiselle - deux cafés - emballé/pesé/payé. Pas que ça à foutre, après tout. Mais...
Je retardai pourtant moi-même l'heure du voilà-donc-ce-qui-nous-amène,
préambulant tant et plus au milieu de mes vaines précautions.
Il y coupa court, d'un regard, en découvrant ce que je dissimulais.
Dès lors, je me tus, pris par la pudeur des mis-à-nu.
Et il commença, lui, à y mettre les mots que je n'avais plus.
'Un peu fade'. 'Prometteur'. 'Surjoué'.
'Délicat'. 'Surprenant'. 'A retravailler'...
Rien que je ne sache déjà, en somme.
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Sur la dernière, enfin, il ne put rien articuler.
Il se taisait, enfin, et se contentait, le regard perdu, de sourire à ma page.
Celle-là. Celle-là était réussie.
Je n'avais pas tant perdu mon temps. Et plus.
"Scelle-là".
De retour chez moi, je l'oubliai au fond d'un tiroir et me remis à plancher sur toutes les autres.
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24 mai 2007
Noctambulisme
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"Ca y est", se dit-il enfin, "j'ai trouvé où m'asseoir aujourd'hui".
Oreilles recouvertes, musique à l'âme, ne pense plus et écoute.
Le reste Se pensera mieux sans toi.
Pupilles grandes ouvertes, reste du monde forclos, ne dévisage plus, contemple.
Tes yeux verront mieux sans toi.
Un noeud défait, deux autres apparaissent ; le nouveau puzzle a du bon.
Pêne et joies de la reformulation.
De la nécessité des longues promenades nocturnes et des rêves éveillé.
Il avait presque oublié...
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20 mai 2007
Analogique
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Poum, tchack - rélasidosisol. Belle ardeur, session faste.
Mal aux doigts, moitiés sourds ; trois sourires, saine fatigue.
J'aurais pourtant voulu (ou dû) m'endormir - il y a deux ou trois heures.
Tic, tac - un peu las, esprit fol. Etrange humeur, contraste.
Ferme les yeux, ne pense plus - credo familier des heures indues.
Vacille mais ne s'éteint. Le monde resurgira - dans deux ou trois heures.
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09 mai 2007
Assez
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Je n'ai plus envie de parler.
Plus envie de débattre, d'arguer, d'argumenter.
La couche de signifiants m'oppresse ; du signifié je me déleste.
Ma vérité est dans l'instant.
Dans le déjà partagé ; dans ma communauté de vivants.
Parlez, écrivez, tonnez ; je n'en ai cure.
Derrière vos mots, je ne prendrai plus le sens en filature.
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05 mai 2007
Dernier ressort
Si les herbes folles du jardin n'avaient pas poussé depuis ma dernière
visite, j'aurais pu croire ce lieu complètement hors du temps. Les
pluies de moussons qui se poursuivaient depuis plusieurs jours avaient
recouvert les feuillages d'un vernis vert luxuriant, et les racines par
terre répandaient une odeur sauvage. Au milieu de cet océan de verdure,
l'oiseau de pierre se dressait dans la même position que l'autre jour,
les ailes ouvertes, prêt à s'envoler. Mais naturellement, il n'y avait
pas la moindre probabilité que cela arrive. Je le savais, et l'oiseau
aussi. Figé dans cette posture, il attendait simplement d'être emporté
quelque part, ou détruit : c'était là ses seules possibilités de sortir
du jardin. La seule chose qui bougeait dans ce paysage était un
papillon voletant ça et là, avec l'air du type qui cherche quelque
chose mais qui a fini par oublier quoi. Après avoir fureté en vain
pendant cinq minutes, il s'envola ailleurs.
(Extrait des p.82-83 de l'édition présentée)